Synthèse de la réunion du 18 décembre 2007 – Université Stendhal – Grenoble

Une soixantaine de participants, personnels enseignants, administratifs et étudiants se sont succédés au cours des 3 heures de réunion. Les débats, approfondis, ont permis l’expression de tous les points de vue. Cette synthèse ne peut pas rendre compte des interventions de chaque participant : elle se propose de refléter la diversité des points de vue exprimés et les convergences affichées autour de thématiques communes. Elle a pour objectif de mettre en débat des propositions d’action pour la poursuite du mouvement.

Informations générales

Dans toutes les universités (et au-delà pour tout mouvement social), le recours à la force pour déloger les étudiants devient une modalité de gestion de la crise. La stratégie de la CPU, qui procède au blocage administratif empêchant le dialogue et lui associe une dérive policière et sécuritaire assez systématique (police, vigiles…), génère des situations tendues.

La mobilisation se heurte par ailleurs à une porte des négociations toujours fermée par la ministre, malgré les demandes des organisations syndicales :

  • Un mémorandum unitaire intersyndical en 10 points constituant une base commune de revendication a été déposé devant le MEN ;
  • Le CNESER a rejeté le budget 2008 ; une motion a été adoptée réclamant la mise en œuvre d’un plan pluriannuel de création d’emplois et de financement
  • Une réflexion est en cours sur les formes d’action à adopter à la rentrée dans la perspective d’inscrire le mouvement dans la durée et d’organiser des temps forts (manifestation nationale ?)
  • Des collectifs se structurent :
    • SLU / SLR : pétition sur l’avenir de l’université + convergences avec les syndicats
    • Des collectifs communs et des réunions communes (étudiants/personnels) se tiennent

Constat partagé : difficulté à mobiliser les étudiants comme les personnels

Comment « accrocher » les personnels ? comment comprendre la faiblesse des réactions des collègues face à des faits qui marquent une rupture par rapport aux conflits antérieurs (intervention désormais banale de la police dans les universités, recours à des milices etc) et face aux conséquences de la loi ?

La question de l’efficacité de l’information à destination des étudiants est posée : les étudiants insistent sur le fait que leur parole, pour être légitime, doit être relayée par celle des enseignants. Or ces derniers, à quelques exceptions près, n’interviennent pas sur le fond de la question (explication de la LRU) soit par ignorance, par méconnaissance, ou parce qu’ils estiment « ne pas devoir faire de politique » pendant leurs cours.

Or l’intervention des enseignants est perçue comme essentielle dans le dialogue entre étudiants : si certains étudiants ne sont pas d’accord avec les modes d’action, nombre d’entre eux sont inquiets et demandent à mieux comprendre. Il y a donc une responsabilité des enseignants à s’inscrire dans les débats en cours.

Pour tous les participants, la « bataille de l’information » est perçue comme décisive pour la suite du mouvement.

L’implication des étudiants –et des personnels- dans l’action alors que le niveau d’information est très bas, demande que nous réfléchissions aux formes/modalités efficaces pour informer les étudiants et les personnels.

L’implication des personnels dans l’action sera-t-elle plus forte alors que des mesures relatives au pouvoir d’achat, aux retraites, au démantèlement du CNRS, etc, sont annoncées ? Il y a beaucoup de combats à mener de front, simultanément.
Actuellement, il y une amertume et une résignation profondes (en l’absence d’alternative politique au pouvoir en place, on est tenté de baisser les bras) ; par ailleurs un besoin de « sécurité » (économique, matérielle, affective…) s’exprime de plus en plus. Ce besoin est manipulé. Il y a des personnes qui sont prêtes à accepter certaines dérives (policières notamment) comme prix à payer pour une pseudo-sécurité, et il faut faire attention à ce risque de bascule. Les garder du bon côté implique de choisir les moyens d’actions en conséquence.

La LRU… dans un contexte global de répression et d’attaque des services publics

Les participants font aujourd’hui le constat de la répression et de la criminalisation du mouvement social. Plusieurs participants notent qu’un cap a été franchi dans les universités avec le recours à des vigiles privés et la présence quasi banalisée des forces de police. Pour certains, la société d’aujourd’hui nie le conflit : le refrain est tout va bien, consommez heureux ! Face à un conflit, on constate le rejet, l’incompréhension : on ne cherche plus à s’informer, il y a violence et agression (police, la droite et l’extrême droite), « on est en guerre ». Plusieurs participants récusent le terme de « guerre » et lui préfèrent celui de lutte, de résistance. Tous s’accordent sur le fait qu’il faut mener la réflexion sur ce processus répressif.

La question des franchises universitaires est évoquée : la franchise est une coutume, pas une loi. Dès lors qu’elle est abandonnée par les présidents, cela devient, pour qu’on la rétablisse, une question de rapport de forces. Une fois réquisitionnée, la police se sent autorisée à rester.

Les projets du gouvernement pour l’enseignement supérieur (CNRS, plan licence) et au delà pour toute la fonction publique (pouvoir d’achat, retraites), sont en place. Même si on est attentiste pour calmer les personnels ou pour éviter la convergence des luttes avec les universités (par exemple au CNRS, ou au ministère lorsqu’on retarde l’annonce des postes CAPES -AGREG mis aux concours), les attaques du service public sont là (ex : EDF-GDF ; SNCF etc). Il existe des contacts avec les autres mouvements mais c’est insuffisant. Pourra-t-on mobiliser et arriver à une grève massive face à toutes ces mesures ?

En grève, en lutte, en guerre : du blocage et d’autres modes d’action

Tous les participants ne partagent pas l’analyse d’une « guerre » qui serait en cours et qui ne laisserait aux étudiants et aux personnels qu’une arme valable, celle de la grève : mais tous s’accordent sur le fait que la grève est un moyen d’action que l’on ne doit pas écarter. Le constat quasi-unanime porte sur le fait que les personnels n’ont pas AUJOURD’HUI les moyens d’une grève dure et longue : « on ne tiendra pas » pour des raisons matérielles, économiques. Sans même évoquer la situation de certains collègues administratifs qui ont des situations précaires hallucinantes. Par conséquent, il faut inventer des formes d’action pour tenir dans la durée, choisir des actions médiatiques, coups de poing, symboliques. L’objectif est de créer un rapport de force favorable pour que le mouvement se généralise. Sinon on risque les dérapages, et ce sont les plus faibles qui en payent le prix quand le mouvement finit.

Plusieurs axes de réflexion :

  • Penser, expérimenter l’alternative : être une île au milieu du conflit, travailler à long terme

Le grand capital à un vocabulaire et un comportement guerrier, et nous sommes la cible. Nous sommes dans une situation de type colonial : on passe d’un modèle qui produit de la culture pour lui-même à une production pour l’export ce qui produit un appauvrissement de la communauté. On se croit libres mais en fait on est écrasés par l’économique. Il faut s’inspirer du modèle de Chavez de résistance au libéralisme et répondre sur notre terrain : à quoi sert l’université ? Il faut prendre le temps de réfléchir : pour cela il faut fermer l’université pour un an, aller chercher des subventions privées pour faire avancer cette réflexion et combattre le mal par le mal.

Le mouvement actuel peut aussi être le moment de la construction d’une contre-culture ; de la re-politisation des personnes touchées par la société de consommation, par la peur, par la précarité. Les lieux d’occupation dans l’université sont très riches en informations, il y a une capacité d’analyse remarquable. Il faut redevenir acteur de sa vie au lieu de se laisser manipuler, d’être des objets et ce n’est pas seulement une question d’accès à l’info. Il faut secouer les cerveaux !

  • Sortir des universités et ouvrir l’université :

Intervenir en dehors des universités (trams, ville…) pour contrer le discours anti-mouvement, en s’adressant à tous. On pourrait mobiliser les capacités créatives de nos filières, refaire de l’agitprop dans l’espace public (théâtre, arts plastiques etc).

Il faut aussi ouvrir l’université : pérenniser l’université populaire par exemple en l’organisant régulièrement sur un jour fixe ; il faut la nourrir et définir des thèmes de conférences, de débat… auxquels pourraient participer des enseignants. Ceci implique que nous fassions un état des forces prêtes à y participer. On est assez nombreux pour avoir une action en continuité, dans un lieu fixe.

  • Utiliser d’autres formes d’action

Quelle alternative au blocage ? Il est suggéré de distinguer une semaine de cours où on travaille / informe sur la LRU (thématique transversale à l’université).

On peut aussi utiliser le canal des émotions : mettre en scène les interventions policières impromptues en amphi pour faire réagir par les tripes. Imaginer des « happenings » dans l’université qui rompent avec le quotidien. Les étudiants suggèrent de faire des barrages filtrants tournants.

Construire des alternatives à la LRU

  • En informant autrement

La loi est difficile à lire et à comprendre : il faut la replacer dans un contexte plus large pour saisir toutes ses conséquences. La diffusion de fiches explicatives est nécessaire. On pourrait demander aux enseignants de diffuser un « kit d’informations LRU » sur le BV. Les administratifs peuvent aussi discuter avec les étudiants mais ils ne doivent pas prendre de risque lorsqu’ils sont eux-mêmes contractuels donc exposés. On peut imaginer tenir des permanences en alternance en différents lieux de l’Université (enseignant-étudiant-IATOS) pour informer.

  • En élargissant nos cibles d’information

IUFM : on forme des enseignants et on ne s’interroge pas sur les impacts de la loi

Les politiques dans un contexte d’élections municipales sont aussi des personnes à contacter (le vote reste une arme, un moyen de se repolitiser).

  • En élaborant des contre-propositions

Continuer le travail d’élaboration collective en y associant les étudiants. Construire une plateforme ou un livre Blanc de propositions à soumettre à la communauté (vote alternatif). Faire valider ces propositions par les conseils et mandater les présidents pour les porter en les accompagnant physiquement si nécessaire…

Il est nécessaire de lier ce travail de construction d’une alternative LRU à la construction de contre-pouvoirs locaux dans le contexte de l’application sous contrainte de la loi.

À l’heure où les CA vont se préoccuper de la mise en place de la Loi Pécresse il est nécessaire d’anticiper des scénarios pour l’appliquer le moins mal possible, voire correctement.

Une « bonne application » n’est pas possible, mais la réflexion sur des alternatives permettra aussi d’avoir des éléments et un rapport de forces local : nous sommes sans illusion sur notre marge de manoeuvre à l’heure où les budgets et les postes fondent. On ne pèsera qu’à la marge… On peut essayer de mettre en place des contre-pouvoirs internes (conseil économique et social, conseils des étudiants…) qui sont indispensables au cas où le rapport de forces disparaît. Réciproquement, cette réflexion nourrit le débat sur les alternatives à la LRU pour à terme arriver à imposer des négociations.

Liste des propositions d’action évoquées

  • identifier un lieu d’information permanente sur la loi : afficher la loi + 2-3 personnes pour discuter + recueil d’info, de témoignages (BAL), avoir de l’interaction + thé, café
  • prévoir des interventions mixtes dans les amphis
  • pérenniser l’université populaire (stabiliser en un lieu, des horaires et la nourrir)
  • Parler de la LRU en cours
  • créer des groupes mixtes de gestion des actions
  • avoir un rendez-vous fixe et permanent pour faire le point sur la mobilisation
  • avoir des AG systématiques avant les CA
  • former les groupes de travail thématiques pour contre-propositions
  • organiser nos propres consultations sur ses propositions pour valider un projet alternatif > votes + porter ces résultats physiquement nous mêmes
  • remise des responsabilités pédagos et administratives si aucune négociation ne s’engage
  • imaginer des spectacles de rues, des actions arts plastiques
  • faire la grève des notes ou attribuer de bonnes notes à tout le monde, nationalement
  • inviter Daniel Mermet à faire un reportage
  • faire un film documentaire
  • interroger en partiel sur la LRU
  • créditer l’UE « initiative et engagement étudiant » pour les grévistes
  • organiser un colloque sur la LRU
  • faire une semaine de cours « thématique » où on travaille sur la LRU
  • rétablir la franchise du campus > réaffirmer le refus de l’appel aux forces de l’ordre comme mode de gestion de mouvement social
  • aller interpeller les entreprises sur leur engagement à financer les filières « non rentables »
  • Faire une fiesta un jour entre midi et deux
  • prévoir un blocage « économique » en ville
  • 2 infos pour le prix d’une ! Une info prise, une gratuite !
  • Faire une remise de diplômes Coca-Cola
  • Constituer une mémoire sur la répression, sur le mouvement, recueillir des témoignages
  • Utiliser tous les canaux d’info disponibles (infos syndicales, hall sud…)

LES RENDEZ-VOUS DE LA RENTRÉE…
Convoquer une AG Stendhal ouverte à l’interU à la rentrée pour mettre en place ce programme…

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