La projection débat du film « Universités, le grand soir » de Thomas LACOSTE a réuni une centaine de participants. La synthèse des réflexions des groupes de travail interuniversitaires qui se sont réunis les 27 et 29 novembre a été rapidement présentée. La discussion s’est ensuite engagée sur les thèmes suivants :
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L’insertion professionnelle
La mission de l’université n’est certes pas de former les chômeurs : pour autant, l’emploi est créé par les employeurs, pas par l’université. Les chômeurs qui ne sont pas plus mal formés que les autres, le sont d’abord en vertu des logiques du marché. Or on voudrait accréditer l’idée que leur situation est le fait d’une faillite des universités. On peut penser que se contenter de répondre à la demande des « bassins d’emploi » résoudra à court terme peut-être ce problème. Cela laisse entière la question de l’évolution inévitable de ces emplois et de la capacité d’adaptation des salariés. De plus les emplois mal pourvus sont en général peu attractifs et aussi peu qualifiés. Dans ce contexte, l’université n’est pas en capacité de répondre à ce problème.
Le problème du décalage entre le niveau de diplôme et la réalité de l’emploi a été souligné : on reproche cela aussi aux universités. Or il faut avoir à l’esprit que cet écart surqualification/niveau de rémunération permet de soutenir la compétitivité des entreprises françaises qui en bénéficient.
Par ailleurs, les étudiants n’ont pas forcément vocation ni les moyens de faire des études longues et on ne peut pas accueillir tout le monde à un niveau élevé (Master 2). Il est nécessaire d’avoir des sorties intermédiaires. On vient chercher à l’université une formation qui permet une insertion sociale et professionnelle.
Or on constate un manque important au niveau des filières courtes car elles coûtent cher. Les bacheliers destinés à ces filières n’y trouvent pas leur place car elles ont été détournées de leurs finalités : l’université « récupère » ces bacheliers sans les moyens nécessaires à leur réussite et souvent pour eux, il s’agit d’une orientation par défaut. Il faut revoir la structure de l’enseignement supérieur globalement (filières courtes dans et hors l’université, modalités de professionnalisation dans les universités etc.).
Enfin il y a un vrai problème de réussite / échec à l’université. Tout le monde doit pouvoir quitter l’université avec ce qu’il est venu chercher : il faut avoir plus de souplesse dans les cursus, il faut établir des passerelles. On ne reste pas à l’université en situation d’échec par plaisir. L’université peut préparer à l’emploi, mais elle ne peut pas le fournir (sur ce point il faut procéder à une remise en cause du système économique). Mais la responsabilité des universités porte sur la sortie avec diplôme des ses étudiants à tous les niveaux.
Nous sommes donc en pleine confusion des genres, quand on veut donner à l’université des missions qui ne sont pas les nôtres dans un contexte de désengagement de l’Etat.
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La question des moyens et de l’attribution des ressources
Il est rappelé que des moyens supplémentaires ne sont pas prévus pour ces nouvelles missions. Or nous savons par ailleurs que les universités seront jugées sur leur taux d’insertion professionnelle et que leurs ressources seront attribuées en fonction de la performance des formations qu’elles proposent. Le cahier des charges établi par le ministère des finances pour l’accompagnement de la dévolution du budget global dans le cadre de la LRU est très explicite : les universités seront évaluées sur des critères de type gestionnaire. Cela a plusieurs conséquences :
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On va créer des filières à fort taux d’insertion (pilotage par le marché)
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On va laisser disparaître les filières qui n’ont pas d’objectif « productif » direct : par exemple la filière « histoire » déjà non rentable, par définition ne travaille pas sur le futur. Si on ferme l’histoire, ça a aussi des répercussions sur les autres filières par exemple les filières lettres classiques et réciproquement, si on abandonne les filières lettres classiques, les historiens ne peuvent plus travailler car ils n’ont plus accès aux documents en direct.
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Dans un contexte de baisse du nombre de postes d’enseignement pour les filières dont c’est le débouché professionnel historique comme c’est le cas des universités littéraires on peut prédire une mort annoncée qui s’étendra aux autres filières.
Par conséquent, il faut aussi nous poser la question de la « professionnalisation » que nous souhaitons : il faut un débat moral et idéologique face à la propagande libérale.
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Qui définit les besoins sociaux (et pas seulement économiques) ?
Pourquoi les étudiants vont-ils vers des filières « inutiles » ? Ne peut-on penser qu’il doit bien y avoir un besoin derrière. Pourquoi ne raisonner qu’en termes de besoins « économiques » : c’est aussi une question de choix démocratique ?
Vu l’état dépressif des gens et de la société, on a besoin de psychologues et de sociologues. Il y a des besoins en coopération internationale… mais ils ne sont pas forcément dans le champ capitaliste. Quelle place donner à ses besoins « non économiques », « non rentables » (environnement, toxicologie…) ; quelles sont les priorités sociales que nous voulons défendre ?
Il n’y a pas forcément d’opposition à l’ouverture des CA aux extérieurs mais pas aux patrons : pourquoi pas des syndicalistes ?
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La question de l’autonomie scientifique et pédagogique
La loi sur « l’autonomie » en fait est une atteinte à l’autonomie scientifique : le manque de moyens dans les facs fait que l’on s’adresse à l’ANR qui promeut la recherche appliquée en lien avec l’entreprise. Aucune démocratie dans ces agences, pilotées par le ministère : le pilotage est politique or nous voulons un pilotage scientifique. Cette reprise en main par le gouvernement fait que l’on marche par lubies ou pire que l’on est soumis aux logiques financières. L’exemple des nanos, biotech, bulle internet est cité pour illustrer ces dérives. À chaque fois on demande à la recherche de réagir au quart de tour donc on embauche, on lance des programmes de recherche, et ça s’arrête sans prévenir. Les échelles de temps de la bourse et de la recherche ne sont pas compatibles. Les objectifs non plus car la recherche fondamentale est de fait sacrifiée.
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Les suites de l’action.
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Comment pérenniser les discussions entre personnels et étudiants ?
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Comment débattre et élaborer ensemble des alternatives, où et quand ? la réflexion en cours est ouverte à toute la communauté universitaire, au-delà des organisations syndicales. Il faut qu’elle se poursuive. Il faudrait avoir des états généraux de l’université qui portent nos revendications.
Sur le site l’université populaire des étudiants est aussi un lieu de débat où les personnels sont invités.
Les organisations syndicales vont porter une demande auprès des présidents du site pour avoir des temps de discussion communs.
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Préserver le droit à l’expression et à l’engagement
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Des pressions s’exercent ça et là pour que les personnels –et les étudiants- ne s’engagent pas dans le mouvement qu’il s’agisse de participer aux discussions en cours, de faire grève ou de se retirer de situations périlleuses.
Ressource :
(https://www.igf.minefi.gouv.fr/sections/les_rapports_par_ann/2007/cahier_des_charges_e)
janvier 15, 2008 à 6:09
[...] réflexion autour de l’insertion professionnelle doit aussi être poursuivie (cf. CR du 6/12/7). Se donner des priorités sur les filières que l’on maintien : faut-il avoir des filières qui [...]